« Voilà la vérité : nous n’avons point reçu une vie courte, c’est nous qui l’avons rendue telle : nous ne sommes pas indigents, mais prodigues. »

—Sénèque


seneque

Poche: 61 pages

Editeur : Mille et une nuits (25 mars 1998)

Collection : Mille et une nuits

Langue : Français

« Au travers de son expérience exceptionnelle, Sénèque cherche comment prolonger la vie humaine en la débarrassant des mille futilités qui l’encombrent sans lui apporter de richesse supplémentaire. Il nous aide ainsi à évaluer ce qu’est une vie vraiment vécue. »


Cet écrit de Sénèque est une lettre écrite à son ami Paulinus, dans laquelle il développe ses réflexions sur ce qui, aux yeux de beaucoup, est vécu comme une sorte d’injustice ou de déception : que la vie soit trop courte.

C’est un dialogue de Sénèque écrit en 49 ap. J.-C. Je l’ai lu trois fois de suite dans ma vie et n’en ai pas forcément retenue tout l’essentiel. Il n’est pas forcément simple à lire et je ne suis pas vraiment bon en philosophie, mais ce livre peut nous aider à ne pas oublier un grand principe à la vie : « la vie est courte ».


Dans ce livre (moins d’une centaine de pages) Sénèque joue véritablement un rôle de directeur de conscience. Il nous pousse à prendre une certaine direction, il se propose comme celui qui va nous orienter vers une direction de réflexion inexplorée. Il est ici notre directeur de conscience, en tant que maître, voire précepteur. Il se fait guide de notre conscience.




1)
Gaspiller son temps.

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Sénèque nous expose deux grandes manières de gaspiller son temps :

L’une des premières manières qu’il y aurait, serait de consacrer tout son temps aux affaires. Les personnes trop occupées seraient dans une constante inutilité de l’utilisation de leur temps, n’en tirant de facto aucun parti, car ils sont dans l’inquiétude du futur, la futilité et la rapidité du présent ; ils n’ont ainsi pas l’idée de regarder en arrière, vers le passé, et réaliser combien le temps s’est déroulé et les instants qu’ils ont perdu, lesquels ne reviendront pas ; ce, dans l’attente d’une retraite qu’ils espèrent reposante et durant laquelle ils pourraient « enfin » prendre le temps. (Dire qu’il y a 2000 ans de ça, ils avaient la même philosophie qu’aujourd’hui…) Dans cette attente, ils ne réalisent pas qu’ils attendent en fait la fin de leur vie pour commencer à réellement vivre. Résultant de cela : une vie rapide et qui n’aura été fructueuse que dans une dimension superficielle, n’étant en réalité que futilité d’instants s’enchaînant de façon non-considérée.


La seconde manière de gaspiller son temps : le donner aux autres. Il y a ici une ambiguïté car il ne faut pas se méprendre sur ce que dit Sénèque. En prenant ses dires de manière brute, il pourrait apparaître qu’il fasse l’apologie de l’égocentrisme et qu’il soit contre la générosité. Il n’en est rien. Il dénonce à l’inverse une générosité automatique : il n’y a pas de transmission, ce qui serait signe de sagesse et donc tout sauf une perte de temps, ce n’est au contraire qu’une générosité instinctive. Dans ce don de notre temps que nous faisons à autrui, nous leur donnons une part de notre vie, une part qui ne pourra plus être vécue, ce qui nous aura rien apporté. Ce sont des instants sacrifiés au profit d’un autre.



2)
Les loisirs.


De nos jours, les « loisirs » ne sont pas en lien direct avec la conception que nous expose Sénèque. Le concept a évolué dans son sens commun. Sénèque nous parle de loisirs en tant qu’activité libre, c’est-à-dire qui n’est pas contrainte, qui n’est pas du temps occupé. De nos jours, quand nous parlons de loisirs, nous parlons exclusivement d’activités de divertissement, ayant pour but de nous faire oublier, seulement un temps, les « affaires » comme le dit Sénèque. Celui-ci ne serait certainement pas en accord avec l’apologie de ce type de loisirs, qui constituent une grande partie de ce qu’il critique en s’opposant à la perte de temps.



3)
La perception du temps.

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Pour Sénèque, la perception du temps consiste tout d’abord à en prendre conscience. Si nous ne prenons pas conscience de la brièveté de la vie, si nous nous considérons immortels, alors nous percevrons un temps passant trop vite. Avant d’avoir réalisé que notre vie est brève, nous en serons à la fin. Toutefois, si nous prenons conscience du temps qui passe, alors nous profitons de chaque jour, de chaque instant, comme un moment d’expérience à part entière dans notre avancée personnelle. De cette manière, nous percevrons alors le temps dans la mesure de ce que nous en avons fait.



4)
La rapidité de la vie

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Sénèque le dit au début de son œuvre, « la vie n’est pas trop courte, c’est nous qui la perdons ». Ainsi, la manière dont nous allons vivre va influer sur notre perception du temps. Or, la perception prend généralement une consistance concrète et réelle, au-delà d’un simple point de vue. En nous basant sur ce fait, nous pouvons en déduire que si nous avons conscience de notre mortalité, que nous profitons de chaque moment, nous percevons une vie qui s’écoule harmonieusement, et par conséquent nous la vivons paisiblement. Sénèque, dans son rôle de directeur de conscience, tente donc de faire évoluer notre perception dans ce sens, en partant du principe que dès l’instant où nous aurions réalisé le fait que nous ne sommes pas immortels, notre perception en sera instantanément changée et le vécu sera différent en conséquence, peut-être même inconsciemment au début.



5)
Le bonheur.

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D’après Sénèque, notre bonheur dépend de notre expérience de vie (ce qui est en grande partie vrai). Pour comprendre cela, il faut souligner que Sénèque était un stoïcien, ce qui fait donc appel à certaines idées, et ici le plus flagrant serait de faire appel à l’ataraxie. Cette notion vient du principe selon lequel on accéderait au bonheur (ou quiétude universelle) grâce à l’harmonie de notre existence, l’accession à l’ataraxie est synonyme de sagesse. Tout simplement expliqué par le fait que si nous sommes calme et tranquille dans notre esprit, nous sommes moins empreins à la maladie. Notre expérience de la vie pourrait donc, selon Sénèque, en tant que stoïcien, nous conduire au bonheur, si nous utilisons notre temps avec intensité en prenant compte du facteur de temps limité.



6)
Notre place dans le monde.

C’est une chose naturelle chez l’Homme que de mener une réflexion sur la place qu’il occupe dans le monde. S’interroger ainsi permet de donner, ou du moins chercher, un sens à notre vie, à nos actions. Depuis des siècles, les religions ont ce but, et les sciences également. C’est ce qui nous caractérise en tant qu’être pensant et doté de la capacité de réflexion et de distanciation sur nous-même. Que nous en soyons réellement capable ou pas, nous essayons de voir plus loin, de prendre du recul. Car pour comprendre ce que nous sommes, et pourquoi nous sommes, nous devons d’abord savoir quelle est notre place dans ce monde, vis-à-vis de ce qui nous entoure : la nature, le temps, l’espace. Expliquer ce qui n’est expliqué est le fondement de l’avancée de l’Humanité.



7)
La mort.

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Faire comme si la mort n’existait pas, cela revient à se considérer immortel. Or, comme le dit Sénèque, nous ne le sommes pas et devons prendre conscience que nous sommes dans une séquence temporelle limitée. Oublier la mort, oublier qu’il y a un point final, se penser immortel, c’est oublier de vivre, de prendre le temps, ce qui induit l’impression d’une vie trop courte, ce qui n’est pas le cas. Pour Sénèque, nous devons prendre conscience de la fragilité de notre existence, prendre conscience que le temps passe. Il ne faut donc pas faire comme si la mort n’existait pas, afin de profiter du présent comme un instant qui ne sera plus, une fois vécu ; mais sans pour autant vivre dans un état d’anxiété dans l’attente de la mort.


Pour conclure :


Beaucoup d’idées justes me semblent contenues dans cette pensée de Sénèque, et elles recèlent une grande part de liberté, qui m’est une idée si chère. Ce livre est très ancien, mais la plupart des informations qu’il contient reste valable à notre époque. Sur l’essentiel, la réflexion de chacun sur les contraintes inutiles que l’on se pose, trop souvent parfois, permettrait de jouir plus pleinement de la vie.

Ma note : notation Un dialogue ancestral qui vaut la peine d’être lu


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